Sevrage alcoolique : quand consulter, signes de danger

Par l’équipe Sober Tracker9 min de lecture

Appelez immédiatement les secours si une personne en sevrage alcoolique fait une convulsion, devient confuse, voit ou entend des choses qui n'existent pas, a de la fièvre ou un rythme cardiaque irrégulier. Si les symptômes sont plus légers (tremblements, sueurs, nausées, pouls qui s'emballe), contactez un médecin le jour même. Et si vous buvez beaucoup tous les jours, parlez-en à un médecin avant d'arrêter, pas après.

Le sevrage alcoolique commence généralement 6 à 12 heures après le dernier verre et, pour la plupart des gens, dure de 3 à 7 jours, selon le NHS. MedlinePlus, le site de la Bibliothèque nationale de médecine des États-Unis, indique que les symptômes atteignent en général leur pic entre 24 et 72 heures. Une revue publiée par l'Institut national américain sur l'abus d'alcool et l'alcoolisme (NIAAA) estime qu'environ 10 % des patients présentent un sevrage grave, souligne que les convulsions peuvent toucher plus de 5 % des personnes non traitées, et constate que plus de 90 % des convulsions de sevrage surviennent dans les 48 heures suivant l'arrêt. Le delirium tremens (DT), la forme la plus sévère, apparaît 1 à 4 jours après le début du sevrage, et environ 5 % des personnes qui en sont atteintes en meurent.

Le sevrage alcoolique peut-il être mortel ?

Oui. Après une consommation importante et prolongée, le cerveau s'adapte à l'effet apaisant de l'alcool : quand l'alcool disparaît brutalement, il s'emballe. Pour la plupart des gens, cela se traduit par quelques jours pénibles de tremblements, de sueurs, de mauvais sommeil et d'anxiété. Pour une minorité, cela signifie des convulsions, des hallucinations ou un DT.

Quand des personnes atteintes de DT meurent, c'est à cause de complications cardiaques et métaboliques, de blessures ou d'infections. La bonne nouvelle figure dans la même littérature : une revue de la littérature portant sur 9 essais contrôlés, réalisée pour l'American Society of Addiction Medicine, n'a rapporté aucun décès parmi 217 patients en delirium de sevrage traités avec des médicaments sédatifs appropriés. Un sevrage sévère est bien plus sûr entre des mains médicales que seul chez soi.

Signes de danger : quand appeler les secours

MedlinePlus est très clair : rendez-vous aux urgences ou appelez votre numéro d'urgence local si l'un de ces signes apparaît pendant le sevrage.

  • Une convulsion (crise, secousses, effondrement ou perte de connaissance)
  • Confusion ou delirium : ne pas savoir où l'on est, quel jour on est, ni qui sont les gens autour de soi
  • Hallucinations : voir, entendre ou sentir des choses qui n'existent pas
  • De la fièvre ou une température élevée
  • Un rythme cardiaque irrégulier

Ajoutez les signes qui constituent une urgence chez n'importe qui : douleur à la poitrine, difficulté à respirer, ou somnolence importante avec difficulté à réveiller la personne.

N'attendez pas de voir si la convulsion était « la seule ». Selon une autre revue du NIAAA, lorsqu'une deuxième convulsion survient, c'est généralement dans les 6 heures suivant la première. Les convulsions de sevrage peuvent aussi arriver dès le premier ou le deuxième jour presque sans prévenir, même quand les autres symptômes sont légers, et un premier sevrage peut en provoquer une, même si le risque augmente après plusieurs sevrages. Si vous ne savez pas si un signe compte, considérez-le comme une urgence.

Quand consulter un médecin le jour même

MedlinePlus décrit le sevrage alcoolique comme une affection grave qui peut rapidement mettre la vie en danger, et conseille de contacter sans attendre un professionnel de santé si vous pensez en être là. Ainsi, tout symptôme ci-dessous après une réduction ou un arrêt de l'alcool justifie d'appeler aujourd'hui un médecin, un centre de soins urgents ou une ligne d'infirmiers conseil :

Ces signes correspondent généralement à un sevrage léger à modéré. Le NHS recommande, si vous avez des symptômes de sevrage, d'obtenir une aide médicale avant d'essayer d'arrêter de boire. Un médecin peut vous évaluer et, si nécessaire, prescrire des médicaments sédatifs, le traitement que la revue de l'ASAM associe à moins de décès par delirium de sevrage. La liste détaillée de ce que chaque symptôme donne comme sensation figure dans notre guide sur les symptômes du sevrage alcoolique.

L'aide « le jour même » devient « allez-y maintenant » lorsque les symptômes s'accompagnent d'un facteur de risque de la section ci-dessous. Une personne qui a fait une convulsion de sevrage la dernière fois et qui tremble de nouveau 12 heures après son dernier verre ne doit pas attendre un rendez-vous.

La chronologie du sevrage : quand le danger culmine

Temps depuis le dernier verreCe qui se passe habituellementÀ surveiller
6 à 12 heuresLes premiers symptômes apparaissent : tremblements, sueurs, anxiété, nauséesL'apparition de symptômes, quels qu'ils soient, est le signal pour appeler un médecin
12 à 48 heuresLes symptômes s'intensifient, avec un pic généralement entre 24 et 72 heuresConvulsions : plus de 90 % surviennent dans les 48 heures
12 heures à 7 joursLes hallucinations touchent 3 % à 10 % des personnes en sevrage sévèreVoir ou entendre des choses est un signe d'urgence
Environ du jour 2 au jour 5Les DT, s'ils surviennent, commencent 1 à 4 jours après le début du sevrageNouvelle confusion, fièvre, cœur qui s'emballe, agitation
Du jour 3 au jour 7La plupart des symptômes aigus s'apaisentMoins de 3 % des convulsions surviennent 5 à 20 jours plus tard

La ligne « jour 2 à jour 5 » est notre calcul, pas un chiffre publié : les symptômes débutent environ 6 à 12 heures après le dernier verre, et les DT surviennent 1 à 4 jours après ce début.

Les DT arrivent plus tard que beaucoup de gens ne le croient, souvent du jour 2 au jour 5, quand le pire semble passé. Une personne qui semblait bien s'en sortir le jour 1 et qui est confuse le jour 3 a besoin d'aide immédiatement.

Qui court un risque plus élevé de sevrage sévère ?

Une revue systématique et méta-analyse de 2014 portant sur 15 études a cherché ce qui permet de prédire un sevrage sévère. Le prédicteur le plus net est l'antécédent : les personnes qui avaient déjà eu des DT avaient environ 2,6 fois plus de risque d'en refaire, et une convulsion de sevrage antérieure multipliait par environ 2,8 le risque d'une nouvelle convulsion.

Autres facteurs de risque :

  • Sevrages répétés. Les personnes qui ont déjà traversé de nombreux sevrages ont un risque de convulsions plus élevé que celles qui en vivent un pour la première fois. Les chercheurs appellent ce phénomène le kindling (embrasement) : chaque épisode peut préparer le cerveau à un suivant plus sévère.
  • Âge de 60 ans et plus. Dans une étude portant sur 284 patients hospitalisés, les personnes de 60 ans et plus avaient 4,7 fois plus de risque de delirium pendant le sevrage, alors que leurs scores de symptômes paraissaient similaires à ceux des patients plus jeunes.
  • Consommation quotidienne importante pendant des années. Les DT touchent surtout les personnes qui boivent beaucoup depuis des années.
  • Autres maladies et médicaments. Une revue du NIAAA sur la prise en charge du sevrage indique que l'hôpital est le bon cadre quand le sevrage est sévère ou s'accompagne d'autres problèmes médicaux, chirurgicaux ou psychiatriques nécessitant des soins hospitaliers. Une maladie du cœur ou du foie, une grossesse, la prise de somnifères ou d'autres sédatifs sont autant de raisons de faire planifier le sevrage par un médecin plutôt que de le faire seul.

Un risque est facile à manquer : l'arrêt non planifié. Une revue du NIAAA note que les DT apparaissent souvent chez de gros buveurs dont la consommation est interrompue par une hospitalisation pour une autre raison. Si vous êtes hospitalisé pour une opération ou une blessure, dites à l'équipe combien vous buvez, même si c'est gênant.

Est-il sûr d'arrêter de boire d'un coup à la maison ?

Pour quelqu'un qui boit peu ou de temps en temps, l'arrêt se passe généralement sans incident. Si vous êtes dépendant de l'alcool, le NHS avertit qu'un arrêt brutal peut être très dangereux. Notre position est la même : si vous buvez beaucoup tous les jours, n'arrêtez pas d'un coup sans avis médical.

Cela ne veut pas dire que tout le monde a besoin d'un lit d'hôpital. La même revue du NIAAA explique qu'un sevrage léger à modéré, sans maladie compliquante, peut souvent être pris en charge en dehors de l'hôpital. C'est un médecin qui décide de ce dont vous avez besoin : parlez-lui avant votre dernier verre.

Il vaut aussi mieux planifier avec un professionnel une réduction progressive (notre guide sur comment réduire l'alcool progressivement en sécurité explique pourquoi). Avant d'arrêter, il est utile de :

  1. Prendre rendez-vous avec votre médecin traitant et lui dire clairement combien vous buvez.
  2. Faire en sorte que quelqu'un reste avec vous ou prenne régulièrement de vos nouvelles pendant les premiers jours.
  3. Garder les 48 premières heures libres de conduite et de tout ce que vous ne pouvez pas annuler.
  4. Connaître votre numéro d'urgence et savoir où se trouve le service d'urgences le plus proche.

Que faire si une personne près de vous est en sevrage

Si vous êtes le ou la partenaire, un ami ou un proche, c'est peut-être vous qui repérerez le danger, car la confusion est difficile à remarquer de l'intérieur.

Si des signes d'urgence apparaissent, appelez votre numéro d'urgence local. Aux États-Unis et au Canada, c'est le 911, au Royaume-Uni le 999, dans toute l'UE le 112, et en Australie le 000. En attendant les secours :

  • Restez avec la personne. Ne laissez pas seule une personne confuse ou somnolente.
  • Pendant une convulsion, écartez les objets durs, protégez sa tête avec un coussin et ne mettez rien dans sa bouche. Quand elle s'arrête, couchez la personne sur le côté.
  • Ne lui donnez pas d'alcool pour la calmer, et ne lui donnez pas les sédatifs ou somnifères de quelqu'un d'autre.
  • Notez les faits que les secours demanderont : combien elle boit habituellement, quand elle a bu son dernier verre, ses éventuelles convulsions ou DT passés, et les médicaments qu'elle prend.

Traverser le sevrage aigu n'est que le début. Un mauvais sommeil et un moral bas peuvent persister pendant des semaines (voir le SPAA), et si un verre survient en chemin, lisez que faire après une rechute avant de vous en vouloir.

Vérifiez les signaux d'alarme

Cochez ce qui se passe et les facteurs de risque qui s'appliquent, puis faites glisser le curseur jusqu'au nombre d'heures écoulées depuis le dernier verre. C'est un guide éducatif fondé sur les sources ci-dessous, pas un diagnostic : s'il dit d'appeler, appelez.

InteractifVérificateur des signaux d'alarme du sevrage

Arrêt de l'alcool : ce sevrage peut-il se traverser sans risque, ou faut-il demander de l'aide ?

Cochez tout ce qui vous concerne, vous ou la personne dont vous vous inquiétez, et indiquez depuis combien de temps date le dernier verre. Le vérificateur montre l'urgence avec laquelle consulter. Il ne pose aucun diagnostic.

En ce moment

Un seul de ces signes suffit pour parler d'urgence.

Symptômes de sevrage

Cochez ceux que vous avez en ce moment.

Facteurs de risque

Cochez ceux qui sont vrais, même si vous vous sentez bien.

Heures depuis le dernier verre24 h
  1. Avant les symptômes
  2. Début du sevrage
  3. Fenêtre des DT
  4. Apaisement

Début du sevrage: C'est le moment où apparaissent les premiers symptômes comme les tremblements, les sueurs et l'anxiété. Plus de 90 % des convulsions de sevrage surviennent dans les 48 heures suivant l'arrêt, et les DT peuvent commencer à partir de la fin du jour 2.

Niveau d'urgence

  1. Rester vigilant
  2. Planifier avec un médecin
  3. Aide aujourd'hui
  4. Urgence

Aucun signal d'alarme sélectionné

Restez attentif pendant les jours qui viennent. Si un symptôme de sevrage apparaît, appelez un médecin. Si un signe d'urgence apparaît, appelez les secours.

Ce vérificateur est à visée éducative et ne constitue pas un diagnostic. Si vous avez un doute, considérez la situation comme une urgence. Numéros d'urgence : 911 aux États-Unis et au Canada, 999 au Royaume-Uni, 112 dans l'UE, 000 en Australie.

Sober Tracker est un outil d'habitudes. Il ne surveille pas le sevrage et ne remplace pas des soins médicaux.

Questions fréquentes

Peut-on mourir du sevrage alcoolique ?

Oui. Un sevrage sévère peut provoquer des convulsions et un delirium tremens, et environ 5 % des personnes qui développent un DT en meurent, de complications comme des problèmes cardiaques, des infections ou des blessures. Avec un traitement médical adapté, le risque diminue fortement. C'est pourquoi les gros buveurs quotidiens doivent demander un avis médical avant d'arrêter, et pourquoi les signes d'urgence appellent une ambulance, pas de la patience.

Comment savoir si mon sevrage est grave ?

Les convulsions, la confusion, les hallucinations, la fièvre, un rythme cardiaque irrégulier, une douleur à la poitrine ou une difficulté à respirer sont des urgences. Les tremblements, les sueurs, les vomissements, l'anxiété ou un pouls rapide sont plus légers mais imposent quand même de voir un médecin aujourd'hui. Une convulsion de sevrage ou des DT par le passé, un âge de 60 ans ou plus, ou une autre maladie augmentent tous l'enjeu.

Quand surviennent les convulsions de sevrage alcoolique ?

La plupart arrivent tôt. Plus de 90 % des convulsions de sevrage surviennent dans les 48 heures suivant le dernier verre, et elles peuvent arriver avec peu d'avertissement, même quand les autres symptômes sont légers. Une petite part, moins de 3 %, survient 5 à 20 jours plus tard. Toute convulsion pendant le sevrage nécessite des soins d'urgence, même si la personne semble bien ensuite.

Quand commence le delirium tremens ?

Les DT débutent généralement 1 à 4 jours après le début des symptômes de sevrage, donc souvent autour du jour 2 au jour 5 après le dernier verre, et ils peuvent durer jusqu'à 3 ou 4 jours. Ils sont souvent précédés de sueurs, de tremblements et d'un cœur qui s'emballe. Une nouvelle confusion ou des hallucinations pendant cette période imposent d'appeler immédiatement les secours.

Dois-je aller aux urgences pour un sevrage alcoolique ?

Rendez-vous aux urgences ou appelez votre numéro d'urgence pour tout signe de danger : convulsion, confusion, hallucinations, fièvre, rythme cardiaque irrégulier, douleur à la poitrine ou difficulté à respirer. Pour des symptômes plus légers, une consultation le jour même chez un médecin ou dans un centre de soins urgents convient, mais allez aux urgences si vous ne pouvez pas en joindre un rapidement ou si vous avez des antécédents à haut risque.

L'essentiel à retenir

Le sevrage alcoolique est l'une des rares situations où arrêter de boire demande un plan. Parlez à un médecin avant d'arrêter si vous buvez beaucoup tous les jours, consultez quelqu'un le jour même si des symptômes apparaissent, et appelez les secours en cas de convulsion, de confusion, d'hallucinations, de fièvre ou de rythme cardiaque irrégulier. Dans le doute, appelez.

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Cet article est à visée éducative et ne constitue pas un avis médical. Il ne remplace pas l'évaluation d'un médecin, et les symptômes sévères nécessitent une aide médicale immédiate.

Sources